Quand les repères disparaissent
Rester debout quand tout bouge : ce que vivent les dirigeants, managers et indépendants en période de bascule.
Il y a des moments où tout tient. On sait quoi faire, comment décider, sur quoi s’appuyer. Le cerveau aime ça — les habitudes le préservent, il est conçu pour éviter toute déperdition d’énergie.
Et puis, quelque chose bouge.
Parfois brutalement. Parfois presque silencieusement. Un départ non anticipé. Une rupture. Une contrainte qui s’impose. Un corps qui ne suit plus. Rien d’exceptionnel, en apparence. Et pourtant, ça suffit. Ce qui tenait ne tient plus.
Ce que j’observe depuis le terrain
Les personnes ne perdent pas leurs compétences. Elles perdent leurs repères. Mais elles le vivent comme si elles ne savaient plus « faire ».
Je connais ces moments de bascule — pour les avoir traversés, professionnellement et personnellement. Ce n’est pas de là-haut que j’en parle.
Et je les connais aussi autrement : par ma formation à l’accompagnement systémique, qui m’a donné des outils pour lire ce qui se joue sous la surface. Bateson parlait d’homéostasie — cette tendance de tout système vivant à résister au changement pour maintenir son équilibre. Ce n’est pas une faiblesse. C’est un mécanisme. Un cycle auquel tout être vivant est confronté lorsque ses repères bougent.
Ce que je sais aussi : personne ne traverse ça seul, vraiment. Moi y compris. J’ai mon propre espace de supervision et d’accompagnement — parce que regarder clairement ce qui se passe, ça demande un point d’appui extérieur.
Le réflexe habituel — et pourquoi il ne suffit pas
Dans ce passage, le réflexe est de tenir. Continuer — plus ou moins comme avant. Avancer, s’adapter, « gérer ». Mais quelque chose ne s’aligne plus. Les décisions prennent plus de temps. Les priorités deviennent floues. L’énergie se disperse.
Et une tension s’installe : entre ce qu’il faudrait faire, et ce qu’on sent qu’on ne peut plus faire comme avant.
Face à ça, le réflexe est presque toujours le même : chercher à corriger, optimiser, trouver une méthode. Comme si le problème venait d’un manque d’outils.
Mais ce n’est pas ce qui se joue.
Quand les repères disparaissent, ce n’est pas seulement l’organisation qui est touchée — c’est l’ensemble du système. Les rôles bougent. Les équilibres se déplacent. Les interactions changent. Ce qui fonctionnait avant ne fonctionne plus, non pas parce que c’était mauvais, mais parce que le contexte a changé. Et continuer à faire « comme avant » entretient le déséquilibre.
Il y a aussi quelque chose de plus discret, et souvent plus épuisant : un tiraillement intérieur. Avancer ou s’arrêter. Tenir ou lâcher. S’adapter ou résister. Ces tensions ne sont pas des problèmes à résoudre — elles font partie du processus. Mais lorsqu’elles ne sont pas reconnues, elles s’accumulent. Elles usent. Et dans les cas les plus difficiles, elles finissent par entamer la confiance en soi.
Cet inconfort est exigeant. Il est aussi nécessaire — à condition de ne pas le traverser seul.
L’entre-deux
C’est un moment inconfortable, souvent sous-estimé. Les anciens repères ne sont plus opérants. Les nouveaux ne sont pas encore là. Pas de solution claire. Pas de cap évident.
Ce qui aide dans ces moments-là n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas une méthode. Ce n’est pas un plan.
C’est d’abord un déplacement intérieur : accepter de ne plus fonctionner comme avant. Prendre le temps de regarder ce qui a réellement changé. Nommer ce qui se joue — sans chercher à le corriger immédiatement. C’est souvent là que tout commence.
Puis, progressivement, remettre du cadre. Pas un cadre théorique. Un cadre qui tient dans la réalité, construit à partir de quelques questions simples :
Qu’est-ce qui est essentiel aujourd’hui ? Qu’est-ce qui ne l’est plus ? Qui fait quoi, concrètement ? Sur quoi puis-je vraiment m’appuyer ?
Et puis il y a ce point que je considère souvent comme décisif : ne pas rester seul face à ce moment.
Quand tout bouge, notre propre lecture devient partielle. On voit ce qu’on peut voir — pas forcément ce qui est. Avoir un espace pour poser, clarifier, faire miroir, permet de retrouver un point d’appui. Pas parfait. Mais suffisant pour recommencer à décider. Et parfois, c’est exactement ce qu’il faut.
La suite pour le mois de mai : trois situations issues de ma pratique
Trois contextes très différents en apparence — mais le même point de départ : les repères ont bougé.
Ce que vous remarquerez aussi : trois formats différents. Parce qu’il n’existe pas d’approche universelle. Le format, je le choisis en fonction de la personne, du contexte, et de ce qui se joue au moment où elle me contacte. C’est ça aussi, l’accompagnement professionnel sur-mesure.
- Un technicien ingénieur traversant une période de rupture, adressé par sa RH — Coaching individuel
- Une PME à réajuster après un départ non anticipé — Conseil & AFEST
- Une personne en arrêt maladie, adressée par la Sécurité sociale, contrainte de se réorienter — Bilan de compétences
Trois entrées. Une même attention : retrouver un point d’appui pour recommencer à avancer.
À très vite.
Article écrit par Angélique Pruniaux
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